TOPONYMES A CHARLEVOIX
« Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes… »
Je rêve sur les cartes de Charlevoix, région des bords du Saint-Laurent, au nord de Québec que j’ai eu le bonheur de découvrir en septembre 2017.
J’y suis restée trop peu de temps pour apprécier tous les charmes de ce pays si ouvert sur l’immensité, celle de son fleuve, celle de ses terres libres comme envolées vers le ciel. Certains lieux m’ont enchantée et le nom de certains autres me font rêver…
Au CAP TOURMENTE, réserve naturelle, j’ai aperçu les grandes oies des neiges, au bord des marais, le long du fleuve entre plaine et forêt. C’était le début de la migration d’automne, elles formaient comme un ourlet d’écume blanche et bavarde, jacassant loin des hommes. « Tourmente", ce nom m’évoque les espaces ouverts aux souffles des vents, chargés de senteurs presque marines. Un lieu où pourrait naître la décision de partir, sac à dos pour une initiation à la vie adulte. Un lieu où Vianney composerait un autre « Je m’en vais » de circonstance.
SAULT-AU-COCHON évoque des images de ferme forestière, de vie familiale paisible en auto-suffisance, de sauts de marsouins qui, parait-il, abondaient autrefois, mais en vérité cet endroit est lié à une sordide catastrophe aérienne, déclenchée par un mari qui voulait se débarrasser de sa femme. Bilan : des dizaines de morts, aucun survivant. De quoi refroidir mes envies de balades dans ce coin bucolique !
GRANDE POINTE ! à ce seul nom je vois s’avancer dans le Saint-Laurent une falaise couverte de bois sombres. Je vois se dérouler un sentier pédestre, j’entends ce silence si particulier né des paroles échangées par les arbres millénaires… Toponyme tout simple, comme on en trouve souvent, juste évocateur d’une identité géographique.
Avec PETITE-RIVIERE-SAINT-FRANCOIS, surgissent tous ces noms de Saints qui caractérisent maints toponymes du Québec : Paul, Joseph, Irénée, Fidèle, Siméon, Catherine… Ce sont villages au bord du fleuve : des églises rustiques, des fermes aux toits rouges, des maisons colorées avec leur porche ou leur galerie de bois où veillent deux fauteuils à bascule, sans haies dissimulatrices, sans barrière, jamais. Ici on respecte comme une évidence la propriété de l’autre.
Je connais BAIE-SAINT-PAUL: j’ai des souvenirs d’odeur de pain chaud sorti du four à bois de la boulangerie-café, de goût de bières mousseuses dont la « flacatoune » ambrée et de « smoked meat » épicé ! Je me revois flânant rue Saint-Jean-Baptiste, à la découverte des nombreuses galeries d’art, des boutiques à l’ancienne comme dessinées sur les livres d’images de mon enfance. Entre le fleuve et les montagnes j’irai bien séjourner à l’hôtel Le Germain, sous la haute protection du Cap-Aux-Corbeaux que je contemplerai depuis un spa voluptueux !
CAP-AUX-OIES, non loin des Eboulements, n’est qu’une plage au bord du Saint-Laurent. Mais ce nom ouvre l’imaginaire, symbolise à merveille ces territoires sans limites où les herbes vibrent, hautes, dans le petit matin et s’inclinent le soir au couchant. A marée basse, des senteurs de limon, et au loin, un cargo s’en vient en brasses lentes. D’où vient-il, où va-t-il? Je ne sais.
Un des lieux de villégiature de Charlevoix, c’est LA MALBAIE, ainsi nommé car Samuel de Champlain fondateur de Québec avait trouvé les eaux boueuses ( malle baye ) en accostant à cet endroit ! Aujourd’hui se dresse le bel hôtel du Manoir Richelieu sur sa falaise. Je ne connais pas cette petite ville mais « malbaie » me rappelle la chanson déchirante d’Anne Sylvestre, « La maumariée »…
« Quand ils t'ont trouvée noyée
Dans le courant
Entre tes draps de mousse
Dans le courant
Les yeux fermés de si douce
Comme un jardin de fleurs
Comme un jardin
Saccagé par l'orage
Comme un jardin
Comme une fleur sauvage »
J’aimerais avoir le talent d’inventer une histoire qui raconterait la vie violente et brève d’une femme aux cheveux roux, venue se perdre sur la rive du fleuve pour se trouver un autre destin.
PORT-AU-PERSIL me semble plus réjouissant. J’imagine un paradis à l’écart des sentiers touristiques, ses maisons blanches aux longs toits sombres qui semblent saluer les eaux puissantes. Je vois un ponton de bois, et une troupe de joyeux étudiants qui plantent leurs tentes sous les érables. Jambes et torses bronzés, ils s’activent en riant, le « carpe diem » en bandoulière, bâtissent un feu de branches mortes, boivent une « rousse » et tracent la rando du lendemain… Ah ! avoir vingt ans et tomber amoureux sur les rives de Port-au-Persil ! La prochaine fois je prendrai le temps de suivre le chemin pentu qui mène jusqu’à sa grève.
Et j’irai aussi découvrir l’ANSE-DU-REMOUS, le CAP-A-L’AIGLE, l’ANSE-AU-SEL, le CAP-AU-SAUMON, l’ANSE-AUX-INDIENS, le PETIT-TROU…
Toponymes si imagés qu’il suffit de fermer les yeux sur la carte pour s’évader vers ce pays d’espace où parle et chante Mère Nature. Elle raconte si bien les histoires aux enfants et au adultes avant qu’ils ne s’endorment en rêvant d’aventure !
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