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VENDEE GLOBE 2020

VENDEE GLOBE 2020

Le 8 novembre 2020, une semaine après le début du deuxième confinement, 33 bateaux s’élancent des Sables d’Olonne pour quelques 25 000 milles. Cette année je suis plus préoccupée des contraintes du confinement que du départ discret, pour ne pas dire confidentiel de cette course en solitaire qui s’élance sans public du quai des Sables-d’Olonne.

Quelques jours plus tard j’apprends que parmi les skippers il y a Yannick Bestaven, un ancien élève que j’ai connu adolescent, bouille ronde, yeux clairs, sympa. Un de ceux dont on se souvient avec plaisir.

Alors, bien sûr, je m’intéresse, et très vite je me prends au jeu !

Tout au long de ces 80 jours j’ai suivi chacun, chacune, avec un intérêt grandissant, ne manquant aucun des reportages réguliers qui apprennent au fil du temps à connaître chaque skipper, à mieux comprendre sa vie, ses émotions.  Les videos et les articles du site officiel, souvent de grande qualité, me passionnent.

Je suis profane, j’ai juste aimé naviguer sur le Bassin avec mon petit dériveur dans les années 70. Pourquoi cette addiction soudaine à la cartographie de la course, à toutes les péripéties de ce Vendée Globe?

Les confinements successifs avivent la soif d’espace, de liberté, d’aventure extraordinaire. Quel divertissement au sens étymologique, quelle  pleine respiration bien loin des actualités mortifères et stressantes ! J’ai retrouvé les émotions et le rêve que je recherchais enfant dans les récits de Stevenson, London, Conrad, Melville, Defoe…Un grand air iodé, des caps mythiques, le suspense du Pot-au-Noir, et  surtout des humains exemplaires, forts et fragiles, dans le vécu de leur passion.

Je trouve que cette année en particulier ces hommes et ces femmes nous ont donné quotidiennement des frissons et ont incarné ce que Carlo Ossola appelle « Les vertus communes », notamment la discrétion, la loyauté, la gratitude, la constance, la générosité. Parfois taiseux, parfois capables de nous faire partager leurs vérités intimes. Parfois flirtant avec l’abandon au coeur des creux glacés, parfois dans l’émerveillement d’une aurore douce et rose.

Solitaires, et solidaires.

A écouter leurs conférences de presse à leur retour on mesure tout ce que ces marins portent en eux de valeurs : entendre parler Jean Lecam du délaminage de sa coque, de ses angoisses, de ses larmes, ou  Maxime Sorel de  ce « cap intérieur » à dépasser, plus terrible que le Cap Horn ! Quelle leçon !

Lire les billets d’humeur de Pip Hare, une des six femmes engagées, emplis de force et de sage lucidité, ou écouter les vacations de Clarisse Crémer entre rires, chants et immenses frayeurs, sentir à quel point toutes et tous ont dû aller au bout du bout d’eux-mêmes, tout cela m’a fait un bien fou, m’a apporté l’énergie dont me prive cet hiver étriqué.

Quant au résultat, loin des polémiques, il importe peu. Boucler son tour du monde, le poursuivre hors course comme Samantha Davies pour défendre un projet humanitaire, c’est déjà une victoire éclatante. Les skippers, ici, ne sont pas que des régatiers compétiteurs, ce sont avant tout des gens bien, qui nous tirent vers le haut. Bravo Yannick, Charlie, et tous les autres, déjà arrivés ou encore dans cette dure remontée de l’Atlantique. Je reste spectatrice à l’écoute…