Un an déjà
L’auto-confinement a remplacé le confinement strict. On y a gagné en apparence un peu plus de liberté mais j’y ai perdu des espérances.
Les cités font mine de vivre, avec des voitures qui circulent, des motos pétaradantes, des piétons plus ou moins masqués qui noircissent à certaines heures les rues commerçantes. Mais les bars, cafés, brasseries, restaurants fermés, terrasses désertes vides de tables et de chaises endeuillent ce qui était lieux de rencontre et de partage. Quant aux lieux de culture, galeries d’art, musées, cinémas, ils sont devenus lieux de non-vie, mausolées dont les portes ne s’ouvrent plus.
En mars 2020, pétrifiée face au silence de la ville, redécouvrant une nature apaisée, comme ressuscitée, j’ai rêvé d’un monde neuf, qui ne galoperait plus après la croissance, donc le gaspillage de la sur-consommation. un monde plus solidaire, plus juste, plus humain.
On avait compris, on ferait attention, on allait changer.
J’ai rêvé.
Je ne verrai pas de mon vivant ce monde fraternel.
S’il y a progrès dans certains secteurs, ils sont minuscules et les luttes incessantes pour une société plus équitable dureront des siècles.
Ce virus sera vaincu un jour mais comme écrivait Albert Camus à la fin de La Peste :
« Ecoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »
Les COVID sont au coeur des hommes, avides de supériorité, de puissance, de richesse.
Les sociétés n’aiment pas l’égalité ni la fraternité. Elles veulent la liberté, sans contre-partie.
J’aime toujours me promener en ces jours d’avant-printemps, je redeviens la petite abeille bourdonnant sur les premières fleurs, avide de nectar, indifférente à ce qui n’est pas son essentiel.
Mais j’aimerais vagabonder davantage et surtout embrasser ma famille et mes amis, mon essentiel à moi.