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TROP...

TROP...

Trop

On ne peut pas toujours parler de bonheur, même s’il est salutaire, ô combien, de célébrer les beautés du monde, les vertus de l’amour et de l’amitié, alors que la planète craque de toute part et que les humains s’entre-déchirent  avec une sorte de délectation.

Mais parfois il y a du trop dans les chagrins, et ça s’insinue, ça suinte, ça se répand, ça déborde, ça inonde, et les heures deviennent des heure grises comme  ces larmes à la fenêtre sous le noroit de la tempête.

Les mots sur la feuille, de même le murmure aux oreilles du vent et de quelques amis ou la confidence en ré mineur, sont là pour dire que « l’expression » par l’écriture, la poésie, ou toute autre forme artistique ( que ne remplacera jamais chatGPT ni aucun algorithme )  ne sert pas seulement d’exutoire. Les mots sur la feuille, la mélodie  née des touches du piano ou  des cordes de l’archet, la toile où le peintre a posé ses couleurs, le bois devenu forme habitée sous le ciseau du sculpteur, la scène où le comédien, le danseur, s’expriment par la voix le geste, le silence…, sont autant de manières de transformer des émotions intimes, de leur donner vie pour mieux  les partager. Parfois de les offrir en miroir au lecteur ou au spectateur. Parfois de les sublimer .

Ecrire c’est jouer quelquefois au petit alchimiste, plus Hermès que Nicolas Flamel qui, s’il fit miraculeusement fortune, ne transforma  jamais le plomb en en un métal précieux.

Les mots, même tristes dépositaires des peines, sont là pour atténuer la douleur et pour aider à traverser et dépasser le sombre tunnel, cet oeil du cyclone que l’on rencontre en chemin. Ecrire, c’est un partage  qui se voudrait fraternel.

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or » écrit Baudelaire en appendice aux Fleurs du Mal. Il y tutoie la Ville, Paris, ses bas-fonds, ce condensé de tous les miasmes et de toutes les misères humaines. Mais ses poèmes ont métamorphosé la laideur tant le génie du poète touche au sublime. Mes boues à moi, ce sont ces chagrins profonds que crée la mort des gens que j’aime. Ce spleen né de l’inéluctable, du « plus jamais ».

Alors je « dis » ma peine. Je n’en fais pas de l’or, mais la rend supportable.

Pas de petites fleurs de bisounours en cet instant, ni de lilas ni de glycine, ni de goéland argenté, ni d’hirondelle dans le soir d’été.

Je dis Rosette. Et  Maman. Et Françoise. Dans un temps déjà ancien.  Je dis Noëlle. Et Pierre. Et Mimi. Cette année.

Comme vous me manquez …

Ecrire votre prénom, vous « dire », c’est vous redonner la lumière, la chaleur, les heures de vie que nous avons vécue ensemble.

C’est pas triste, vous n’aimeriez pas.

C’est moins douloureux parce que c’est écrit comme si j’avais le pouvoir de vous rendre éternels.

C’est plein de souvenirs, de vos regards et de vos rires, de vos mots à vous, de vos histoires qui irradient ma mémoire et mon coeur.

Je ne pleure pas, je pose en douceur les mots sur la feuille.

Et mes larmes se tarissent parce que je peux parler de vous.

L’écrire.

 

3 août