L’espace et le silence
Il faut de l’espace,
mille mesures d’espace
à la fin du jour,
à la fin de nos jours,
pour que le dernier oiseau,
de l’hirondelle à l’humble passereau,
s’envole loin du nid
dans les nues, et pousse un premier cri.
Il faut de l’espace pour que nos pensées
germinent lentement, de frisson en frisson,
cueillent l’âme des mots d’éternité
dans les épis dorés de toutes les moissons.
Il faut ces plaines sous nos yeux,
ces vallons, ces collines,
l’immensité des cieux
que la plume dessine
sans jamais s’arrêter,
pour que nous respirions
la vie à plein poumons
dés que nous sommes nés.
Et il faut le silence,
pour que le moindre souffle
sur le dos de la mer immense,
quand on retient son souffle,
fasse naître la symphonie du monde.
Pour que les aubes roses
écrivent la portée de leurs notes profondes.
Pour que les mots de ce poème en prose
sonnent, ardents et clairs,
sous les doigts bleus de l’homme solitaire.
Pour que les pinceaux de la dame endormie
se réveillent, et tissent sur la toile
l’embrassement de couleurs infinies,
qui nous touchent le coeur au centre des étoiles.